Mon chien s'est sauvé. En début d'après-midi. C'est la première fois qu'elle part aussi longtemps. Ca se trouve, elle agonise sur un bord de route, quelqu'un l'a embarquée ou elle s'est noyée dans le canal.
Rien qu'en pensant à ça j'ai les larmes qui montent.
Elle en avait peut-être marre de se faire crier dessus tous les jours. D'être enfermée dans le garage ou laissée trop longtemps dehors.
Mes quelques caresses le matin ne lui suffisaient pas. Je ne lui portait pas assez d'attention.
Au fond j'suis encore une gamine. Ce chien c'était comme un caprice quand j'avais neuf ans. On sait pas encore ce que ça veut dire "s'occuper de" à cet âge là. Alors au début c'est la grande joie, on fait des calins des caresses des promenades. Ces photos idiotes et nunuches avec son chienchien chéri. Et petit à petit cet être vivant devient un élément du décor, parfois même emmerdant.
Au fond je peux pas m'empêcher de penser que même si c'est plus encombrant qu'autre chose parfois un animal, ça aide beaucoup moralement. Je me sentais moins seule avec mon rat, mes perruches, mon chien.
J'imagine pas mes petits-déjeuners sans ce regard suppliant assis sur pattes. Ces bonds d'un mètre quand je descends les escaliers ou quand je rentre chez moi. Ces pleurs quand le grille-pain saute. C'est plein de bêtises comme ça.
Je me sens un peu ridicule à parler d'un ton si sérieux de mon chien. Mais au fond c'est quand même important pour moi et fallait que j'évacue.